En Vaucluse

  l'abbaye Notre-Dame de Sénanque

  Gordes - 84220

 

  Rejoignez l'Association des Amis de Saint-Hilaire !  - infos -

   Afficher la page plein écran - infos -   Le raccourci CTRL et F - infos -

 

 

 

 

  

  Table des matières - ici -

 

Carte postale colorisée de l'abbaye de Sénanque (1900-1940)

Pour agrandir le document, cliquez - ici -

 

Carte postale colorisée de l'abbaye de Sénanque (1900-1940)

Pour agrandir le document, cliquez - ici -

 

L'abbaye de Sénanque avant la Seconde Guerre mondiale - Photographie publiée dans Vaucluse - Essai d'histoire locale, ouvrage collectif, Rullière frères, éditeurs, 1944, page 306, fig. 239

Pour agrandir le document, cliquez - ici -

 

 

  

  Monographie

 

L'abbaye Notre-Dame de Sénanque est située dans le département de Vaucluse, sur le territoire de la commune de Gordes (84220).

 

Comme le Thoronet et Silvacane, Notre-Dame de Sénanque est de l'époque de transition du roman gothique, et, comme dans ces deux abbayes, il y a prédominance du roman sur le gothique. On voit bien les tendances nouvelles qui se font jour dans son architecture et ses aspirations ogivales, mais tout l'ensemble en est roman, l'élément ancien y règne encore en souverain.

 

Cette abbaye a évidemment une grande ressemblance avec le Thoronet Silvacane; elle a néanmoins aussi des différences et un caractère propre.

 

 

 

  

  Messes et offices

 

Les liturgies célébrées par les moines sont ouvertes au public. Les offices sont célébrés soit dans l'église abbatiale soit dans la chapelle de la communauté: se renseigner sur place en arrivant.

 
Dimanche Lundi Semaine
Vigiles 4h15 5h30 4h30
Laudes 7h45 8h00 7h45
Messe 10h00 8h30 11h45
None 14h30 - 14h30
Vêpres 18h00 18h00 18h00
Complies 20h15 20h15 20h15
 

 

 

  

  Historique

 

L'abbaye est fondée le 9 des calendes de juillet 1148 (23 juin) par Alfan, évêque de Cavaillon. Une charte de 1149, rapportée dans Gallia christiana, constate son existence. Dans cette charte, il est fait mention des principaux bienfaiteurs de cette abbaye qui sont les seigneurs de Simiane, famille issue de la maison de Agoult (infos), et seigneurs de ces lieux.

 

Les douze premiers occupants, conduits par l'abbé Pierre, venaient, comme les fondateurs du Thoronet, de l'abbaye de Mazan (infos), sur la commune de Mazan-l'Abbaye (07510), dans l'Ardèche.

 

Une autre charte de 1173, confirme les donations précédemment faites, en ajoutant d'autres concessions. En 1177, Guillaume de Gordes Simiane, marquis de Gordes, Bertrand Chalvet et Guillaume de Albaros, font aussi d'importantes donations à Notre-Dame de Sénanque. On trouve également parmi ceux-ci Geoffroy de Venasque, dont le tombeau se trouve dans l'église abbatiale.

 

En 1225, les religieux se voient concéder par Hugon, archevêque d'Aix, un hospice dans la ville d'Arles.

 

Cette abbaye devint bientôt riche et florissante; elle eut des possessions très étendues et jouit d'une grande célébrité dans tout le Midi.

 

En 1491, la réputation de l'abbé Jean III Casaletti, recteur du Comtat Venaissin depuis neuf ans, permet la création en Avignon d'un collège qui prend le nom de Saint Bernard de Sénanque.

 

En 1509, l'abbé Jean III Casaletti fut inhumé dans la chapelle de ce collège.

 

Au cours du XVIe siècle, les guerres de religions dévastent la Provence et Sénanque n'échappe pas au pillage et à l'incendie. En 1544, huit cents aventuriers conduits par Maran, curé apostat de Ménerbes, détruisent l'aile des convers et pendent les religieux.

 

Bien que l'aile détruite fut reconstruite un siècle plus tard, l'abbaye ne se releva pas de cet événement de 1544 et la vie religieuse ira en déclinant jusqu'à la Révolution, où elle fut vendue à un particulier.

 

En 1854, l'abbaye reprit vie par la fondation par le père Dom Marie-Bernard Barnouin (1815†1888) de la Congrégation des Cisterciens de l'Immaculée Conception.

 

 ► Pour en savoir plus (1re partie du document) - ici -

 

 ► Pour en savoir plus (2e partie du document) - ici -

 

 

Trois ans plus tard, des frères de l'Immaculée Conception reprirent possessions de plusieurs établissements conventuels: l'abbaye de Sainte-Marie de Fontfroide, l'abbaye de Hautecombe, l'abbaye de la Garde-Dieu, le monastère de Notre-Dame de Ségriés et le monastère de Saint-Honorat de Lérins.

 

 

 

  

  L'abbaye de Sainte-Marie de Fontfroide

 

Carte postale de l'abbaye de Sainte-Marie de Fontfroide

Pour agrandir le document, cliquez - ici -

 

L'abbaye de Sainte-Marie de Fontfroide Fons Frigidus (infos), est située dans le département de l'Aude, sur le territoire de la commune de Narbonne (11100).

 

Le nom de Fontfroide était venu à ce monastère d'une fontaine qui coulait dans ce même lieu.

 

Texte publié en 1856 - Célèbre abbaye de l'ordre de Cîteaux, fille de Grand-Selve, de la filiation de Clairvaux. Elle fut fondée, avant l'an 1097, dans l'ancien collège de Narbonne, sous l'invocation de la Sainte Vierge, par Aimery, vicomte de Narbonne.

 

Parmi ses abbés, on distingue Jacques Founier, né à Saverdun, au comté de Foix, dit le "cardinal blanc", parce qu'il avait été moine de Cîteaux, et qui fut élu Pape en 1334, sous le nom de Benoît XII (vers 1285†1342). Un des autres abbés, Arnaud Novelli, qui fleuri l'an 1310, fut aussi cardinal.

 

C'était là le lieu de sépulture ordinaire des vicomtes de Narbonne. La vicomtesse Ermengarde, qui mourut l'an 1197, l'enrichit de biens si considérables que Catel, l'historien de Languedoc, l'a regardée comme sa fondatrice.

 

 

 

  

  L'abbaye d'Hautecombe

 

Carte postale de l'abbaye d'Hautecombe

Pour agrandir le document, cliquez - ici -

 

L'abbaye cistercienne d'Hautecombe Alta Comba ou Alta Columba, est située dans le département de Savoie, sur le territoire de la commune de Saint-Pierre-de-Curtille, sur les bords du lac du Bourget (73310).

 

Texte publié en 1856 - Cette abbaye, que l'on appelle le Saint-Denis de la Savoie, fut fondée, dit-on, l'an 1135 par Humbert, comte de Savoie. Une colonie de religieux de Clairvaux s'y installa à cette époque, et Bivien fut son premier abbé.

 

Bivien ayant bientôt déposé la crosse pour revenir dans sa première retraite, saint Bernard de Clairvaux donna pour abbé à la nouvelle communauté Amédée le Jeune, de l'illustre maison de Clairvaux, et fils du bienheureux Amédée, religieux de Bonnevaux.

 

C'était l'an 1139, et de ce temps date la célébrité de l'abbaye d'Hautecombe, qui devint la sépulture de la maison de Savoie. Plusieurs de ses abbés, et Amédée lui-même, ne la quittèrent que pour les honneurs de l'épiscopat.

 

Cependant, Hautecombe eut ses temps malheureux, elle succomba aux attaques de ses injustes voisins. La terre était ingrate et stérile. Malgré la générosité du fondateur, la communauté se trouva victime d'une détresse pressante.

 

La maison était superbe néanmoins; Humbert l'avait bâtie magnificence. On rapporte que saint Bernard de Clairvaux, quand il la visita, fut déconcerté de ce qu'on avait outrepassé ses ordres dans la construction: "Ô ma fille Hautecombe, s'écria-t-il, tu es trop superbe, tu ne subsisteras pas longtemps." Cet oracle fut vérifié.

 

Les cloîtres tombèrent en partie, les fondateurs de la maison cessèrent de l'affectionner, et choisirent leurs sépultures dans un monastère voisin; enfin, plus tard, les commendes enlevèrent la meilleure partie de son revenu.

 

Mais Hautecombe recouvra sa gloire, malgré la Révolution, elle est restée brillante et honoré. Elle n'a plus, il est vrai, ses immenses possessions; elle ne verra plus son abbé tenir, comme autrefois, un rang distingué dans le sénat de la Savoie; mais elle conserve le souvenir et la gloire du grand nombre de saints religieux dont deux furent élevés à la papauté (Célestin IV et Nicolas III).

 

Enfin, elle est redevenue la sépulture des rois de Sardaigne; le pèlerin qui la visite voit encore aujourd'hui les colonnes de l'autel où saint Bernard de Clairvaux célébra la messe. Restaurée et dotée de nouveau en 1822, par le roi Charles-Félix, elle fut rendue à l'ordre de Cîteaux auquel elle avait toujours appartenu.

 

Soumise aujourd'hui à l'archevêque de Chambéry, cette royale abbaye est un monument précieux, tout à la fois à la religion et à l'art. L'église de style ogival, dit gothique, passe pour un chef-d'œuvre. Une foule d'étrangers la visite en été; les connaisseurs admirent ses sculptures, ses peintures et les belles verrières de la chapelle Saint-André.

Carte postale représentant le scriptorium de l'abbaye d'Hautecombe

 

 

  

  L'abbaye de la Garde-Dieu

 

L'abbaye de la Garde-Dieu Guarda Dei ou Custodia Dei, est située dans le département du Tarn-et-Garonne, sur le territoire de la commune de Mirabel (82440).

 

Texte publié en 1856 - Abbaye de l'ordre de Cîteaux, fille d'Obasine, filiation de Cîteaux. Elle fut fondée l'an 1150, par le B. Étienne, abbé d'Obasine. Une bulle d'Innocent IV (v. 1180/90†1254) qui confirme les biens, églises, dîmes, etc., possédés par cette abbaye avant qu'elle embrassât la règle de Cîteaux, porte à croire qu'elle était primitivement de l'ordre de Saint-Benoît.

 

Le plus insigne bienfaiteur de ce monastère fut Raymond VI, comte de Toulouse (1156†1222), qui, l'an 1181, lui conféra plusieurs biens.

 

 

 

  

  Le monastère de Notre-Dame de Ségriès

 

Carte postale de la chapelle du monastère de Notre-Dame de Ségriès

Pour agrandir le document, cliquez - ici -

 

Le monastère de Notre-Dame de Ségriès ecclesia Sancte Marie in Monasterio, est situé dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, sur le territoire de la commune de Moustiers-Sainte-Marie (04360).

 

En 1867, Mgr Antoine-Joseph-Henri Jordany, alors évêque de Fréjus et Toulon (1855-1876), proposa au révérend père Marie-Bernard de fonder un établissement de sa congrégation dans son domaine de Ségriès.

 

 

 

  

  Le monastère de Saint-Honorat de Lérins

 

Carte postale du monastère de Saint-Honorat de Lérins

Pour agrandir le document, cliquez - ici -

 

Le monastère de Saint-Honorat de Lérins Lerinus, est situé dans le département des Alpes-Maritimes, sur l'île Saint-Honorat qui compose les îles de Lérins administrées par la commune de Canne (06400).

 

Texte publié en 1856 - L'un des plus anciens et des plus célèbres monastères de France, fondé vers l'an 410, par saint Honorat, personnage issu d'une famille noble et consulaire. Avec un de ses frères, nommé Venance, ils se mirent sous la direction d'un saint ermite nommé Capraise, qui demeurait dans les îles de Marseille.

 

Ils entreprirent avec lui un voyage, et demeurèrent quel temps en Achaïe. Venance mourut à Méthone, et Honorat revint en Provence. La vénération qu'il avait pour Léonce de Fréjus le porta à s'établir dans son diocèse: il choisit pour retraite l'actuelle île de Saint-Honorat.

 

Il y bâtit un monastère, qui obtint en peu de temps une grande célébrité. Saint-Honorat fut élevé depuis sur le siège d'Arles, qu'il gouverna avec grande sagesse pendant deux ans seulement; il eut pour successeur saint-Hilaire, son parent.

 

Des religieux de toutes nations s'empressèrent de se rendre à Lérins. Maxime et Fauste, qui furent tous deux évêques de Riez, succédèrent à leur tour à saint-Honorat, dans le gouvernement de l'abbaye. Les moines demeuraient dans des cellules séparées, et ils rappelaient, par l'austérité de leur vie, les solitaires de la Thébaïde.

 

Lérins ne reçut la règle de Saint-Benoît que dans le VIIe siècle: encore y fut-elle observée d'abord conjointement avec celle de Saint-Colomban. Lérins étai devenue dès lors une pépinière sacrée, d'où sortirent une foule de savants prélats, d'hommes éminents qui brillèrent d'un vif éclat, dans les cloîtres ou sur le siège épiscopal de nos grandes cités.

 

Tels furent Cassien, Vincent de Lérins, Aigulfe, Sylvain, Armand, Porcaire, Eucher, et tant d'autres saints abbés, évêques, confesseurs ou martyrs. L'affluence des cénobites de l'île de Lérins devint si prodigieuse que saint Amand, l'un de ses abbés au VIIIe siècle, comptait, dit-on, sous sa conduite, jusqu'à trois mille sept cents religieux.

 

"L'antique monastère eut à subir, vers cette époque, dit un écrivain, une cruelle invasion des Sarrasins (731). Cinq cents moines, encouragés par les exhortations du saint abbé Porcaire, y périrent. L'église et les bâtiments de l'abbaye furent renversés. Mais par les soins de quelques frères échappés du massacre, le monastère de Lérins sortit de ses ruines et se repeupla de nouveau.

 

Ses richesses et sa puissance s'accrurent par de nombreuses fondations; il possédait des biens non seulement en France, mais en Espagne, en Italie, dans l'État de Gênes et dans l'île de Corse.

 

L'île tout entière de Lérins, nommée Planasia par les Romains, était dépendante de l'abbaye. Elle fut prise en l'an 1635 par les Espagnols qui la dépouillèrent inhumainement de ses richesses naturelles, en coupant ses magnifiques forêts de pins.

 

"Aujourd'hui que reste-t-il à Lérins? Ces majestueuses forêts qui avaient fait donner à l'île le nom d'Aigrette de la mer, ne couvrent plus de leurs ombres ses paisibles habitants.

 

L'abbaye a disparu. La cloche ne tinte plus pour convoquer à la prière; la voix rauque du pâtre a remplacé les saints cantiques; sous des ruines désolées l'oiseau des nuits vient tristement chercher un asile. Notre patrie est ainsi semée de toutes parts de pieux débris de la foi de nos pères. Qui viendra les relever?…"

 

Saint Aigulfe, moine de Saint-Benoît-sur-Loire, où il avait apporté du Mont-Cassin le corps de saint Benoît, ayant été élu abbé de Lérins, l'an 661, y établit une réforme qui fleurit comme arrosée de son sang, et porta une abondance de fruits en piété et en vertus. Une autre réforme semble avoir été nécessaire du temps de saint Odilon, abbé de Cluny (997), qui réforma tant de monastères.

 

Mais l'abbaye de Lérins ne fut jamais plus florissante que sous le gouvernement de l'abbé Adelbert, élu l'an 1066, et qui la gouvernera pendant 36 ans. Augustin Grimaldi, évêque de Grasse, abbé de Lérins en 1505, voyant que la discipline n'y était plus en vigueur, soumit ce monastère à la congrégation des Bénédictins de la réforme du Mont-Cassin et de Sainte-Justine de Padoue.

 

Elle en prit possession l'an 1515, et depuis ce temps les abbés n'ont plus été perpétuels. Le pape Léon X et le roi François Ier approuvèrent cette union la même année. Elle fut dans la suite confirmée par la reine Louise, régente du royaume, le 7 août 1525; par le roi Henri II (1519†1559), l'an 1547; par le pape Clément VIII (1536†1605) l'an 1591; et par le roi Henri IV (1553†1610) l'an 1597.

 

 ► Chronologie historique des îles de Lérins de 1503 à 1891 - ici -

 

Après avoir été rachetée en 1968 par l'industriel français Paul Berliet, les moines cisterciens de Lérins rachètent, puis réoccupent l'abbaye au printemps 1989.

 

 

 

  

  Description

 

Dans l'implantation des divers bâtiments d'une abbaye, parfois le terrain commande. Ce fut le cas à Sénanque, où l'étroitesse de la vallée obligea le maître d''œuvre à se soumettre à des impératifs catégoriques. L'église, de ce fait, contrairement à la règle, est construite suivant un axe sud/nord et les lieux réguliers sont situés à l'ouest.

 

Les différentes salles eurent aussi à subir certaines répartitions ou dispositions inusitées du fait du peu d'espace compris entre l'église et la rivière, la Sénancole, utilisée nécessairement pour l'usage de la collectivité.

 

 

 

  

  L'église

 

L'église rappelle par son plan celle du Thoronet qui lui est un peu antérieur, et comprend un chœur terminé par une abside flanquée de part et d'autre de deux chapelles en hémicycle prises dans un mur droit et ouvrant sur un large transept, une nef de cinq travées accompagnée de collatéraux.

 

Elle fut élevée en deux campagnes de construction. La première commencée vers 1160, se prolongea jusque vers 1175-1180, comme on peut le déduire des deux inscriptions gravées dans les premières chapelles contiguës au chœur et par lesquelles on apprend que les autels furent consacrés par Benoît, évêque de Cavaillon de 1156 à 1178.

 

À cette campagne se rattachent le chœur, les chapelles, le transept et leurs voûtes, le clocher et les murs extérieurs de la nef. Cette dernière avait été prévue avec un berceau plus bas et des collatéraux presque aussi élevés qu'elle, ainsi que le prouvent des traces de solins encore visibles à l'extérieur.

 

Vers 1180 et dans les années qui suivirent, ce fut l'objet de la seconde campagne. On rehaussa les murs extérieurs de la nef en même temps qu'on implantait les piles, puis les voûtes furent lancées sur le vaisseau central, des fenêtres furent percées entre les grandes arcades et les reins de la voûte maîtresse, suivant un dispositif régional fréquent, enfin on monta la façade. Le chantier devait être terminé dans les premières années du XIIIe siècle.

 

Il faut remarquer que, les murs extérieurs ayant été dressés avant les piles du vaisseau central, il en est résulté une implantation désaxée qui obligea à lancer de biais certains doubleaux des bas-côtés.

 

Une grande sobriété, une grande sévérité même constitue le caractère dominant de l'élévation. Seules des impostes soulignent le passage entre les grosses piles irrégulièrement cruciformes de la nef et les arcs au doubleau rouleau qu'elles supportent.

 

Le système de voûtement de l'édifice est semblable, à quelques variantes près, à celui du Thoronet et de Silvacane. À Sénanque, le chœur et les chapelles sont terminées par un cul-de-four, les croisillons du transept, le vaisseau central sont couverts d'un berceau brisé sans arcs-doubleaux, les bas-côtés de voûtes en quart de cercle, selon la formule usitée dans le Sud-Est et en Auvergne. Notons, et c'est là un caractère provençal, que les couvertures de pierres plates reposent directement sur les voûtes de la nef et sur celles des collatéraux.

 

Une coupole sur trompes surmonte la croisée du transept, mais ces trompes sont très différentes de celles rencontrées habituellement dans la région. Elles reposent sur une dalle de pierre incurvée, soutenue au centre par un petit pilastre cannelé logé dans l'angle, à la rencontre des murs, et prenant appui sur un culot. La trompe elle-même est en cul-de-four et non en forme de cône, comme c'est l'usage en Provence; enfin l'arc d'encadrement est polylobé.

 

À noter que pour trouver le même modèle de trompes il faut aller à Recoms, dans l'Ardèche; or, Recoms est dans le Vivarais limitrophe du Velay, ce qui expliquerait l'arc polylobé rencontré aux trompes de l'église de Sénanque.

 

À l'extérieur, ce qui singularise l'édifice, ce qui lui donne sa silhouette propre, c'est son modeste clocher très proche de celui de Silvacane. Il est percé sur chaque face d'une grande baie en plein cintre, recoupée au départ de l'arc par une pierre plate soutenue en son milieu par une colonnette au chapiteau décoré de feuillages.

 

La façade est dépourvue de porte centrale, seules existent deux portes latérales dont l'une permettait aux convers l'accès à l'église et l'autre servait aux hôtes et aux serviteurs ou encore pour mener les morts au cimetière. Deux fenêtres en plein cintre rompent la monotonie du mur ainsi qu'au pignon une grande rose polylobée que l'on retrouve à Mazan, l'abbaye mère.

 

 

 

  

  Le mobilier

 

Le chœur de l'église, qui a encore pour une bonne part conservé ses dispositions primitives, possède, en face de la niche qui abritait les sièges des célébrants du côté de l'épître, un pupitre de marbre réservé dans le mur et sur lequel on posait le livre des Évangiles.

 

Parmi les autels conservés, l'un doit remonter au XIIe siècle et consiste en un bâti de pierre sur lequel repose la table proprement dite formée d'une simple dalle; les autres sont des copies exécutées au XVIIe siècle ainsi que le prouve le millésime 1635 gravé sur l'un d'eux.

 

Comme au Thoronet, la piscine de l'église de Sénanque n'est pas réservée dans le mur, mais un simple trou est percé dans le sol, près de l'autel, au-dessus duquel on posait une piscine portative, courte colonne creusée d'un conduit ou chapiteau en forme d'entonnoir.

 

Au fond du croisillon oriental (rappelons que l'église est tournée vers le nord), un enfeu abrite la sépulture de Geoffroy de Venasque, grand bienfaiteur de l'abbaye et qui voulut y être enterré. Le soubassement est orné de trois arcades redentées, au centre de chacune desquelles est gravé en relief un écu à la croix vidée, clichée et pommelée, de la maison de Venasque.

 

Signalons enfin, comme ayant appartenu au monastère, une crosse de cuivre du XIIIe siècle dont la volute est décorée du couronnement de la Vierge et qui est aujourd'hui conservée au Musée d'Avignon.

 

 

 

  

  Les bâtiments conventuels

 

Il est vraisemblable que les moines n'attendirent pas que l'église fût achevée pour entreprendre d'élever les bâtiments réguliers; ceux-ci remontent, en effet, en majeure partie, aux dernières années du XIIe siècle.

 

Le maître d'œuvre, limité dans ses possibilités d'un côté par l'église, de l'autre par la rivière, s'efforça malgré l'exiguïté du terrain dont il disposait d'y faire tenir tous les bâtiments indispensables à la communauté. Il fut donc obligé de recourir à certains subterfuges et de procéder à des aménagements qui différencient quelque peu le plan de Sénanque d'avec le plan type d'une abbaye cistercienne.

 

Après avoir réservé au cloître la place strictement indispensable, au lieu de situer selon l'usage la sacristie, surmontée de la salle des archives et du trésor, et l'armarium l'un à côté de l'autre dans le prolongement immédiat du transept, il rejeta hors œuvre la sacristie, la reliant à l'église par un étroit couloir; quant à l'armarium, il le réduisit vraisemblablement à une simple niche située dans le mur.

 

Si la salle capitulaire occupe la place qui lui est habituellement dévolue, le parloir, par contre, est purement et simplement supprimé et le passage permettant aux religieux d'accéder du cloître au jardin se situe entre la salle capitulaire et le chauffoir.

 

Le chauffoir, toujours par souci d'économiser le terrain, fait en réalité fonction de deux pièces ordinairement distinctes: le chauffoir proprement dit et la salle des moines. L'aile se termine par une pièce réservée au noviciat.

 

En retour, face à l'église, le réfectoire s'aligne à l'aplomb de la Sénancole. Selon la vieille formule bénédictine, il est situé parallèlement à la galerie du cloître sur laquelle il donne, alors qu'à cette époque déjà, surtout chez les Cisterciens, il était souvent disposé perpendiculairement, ce qui gagnait de la place et permettait de l'encadrer par le chauffoir et par les cuisines.

 

Celles-ci, à Sénanque, sont reportées derrière le réfectoire, à cheval sur la Sénancole. Ce dispositif, rendu obligatoire par la proximité de celle-ci, montre pourquoi le maître d'œuvre avait pris la précaution de resserrer les bâtiments conventuels de l'aile contiguë au transept. L'aile des convers fermait le cloître au sud.

 

 

 

  

  Le cloître

 

Contemporaines ou presque de l'église, les galeries du cloître sont couvertes de voûtes en plein cintre légèrement surbaissées. Chaque galerie est divisée en quatre travées limitées par de massifs piliers carrés et chaque travée comprend trois arcades abritées du côté du préau sous un profond arc de décharge et supportées par des colonnes jumelles de forme légèrement conique reposant sur un bahut.

 

Torsades perlées, feuilles plates, palmettes, volutes constituent le décor des corbeilles des chapiteaux. On notera dans la galerie nord la présence d'un masque soutenant la retombée d'un doubleau; c'est là le seul visage humain représenté dans la sculpture de l'abbaye. À l'angle sud-ouest subsiste la trace du lavabo des moines.

 

 

 

  

  La salle capitulaire

 

Elle est conçue suivant les principes habituels: la porte d'entrée, qui ouvre sur la galerie du cloître, est flanquée de deux baies géminées en plein cintre. Les ogives des voûtes retombent au centre sur deux piliers carrés cantonnés de colonnettes aux chapiteaux ornés de feuilles plates et de volutes: latéralement, elles pénètrent en faisceau dans les murs sans prendre appui sur aucun support.

 

Elles se composent de deux tores accolés tandis que les doubleaux ne présentent qu'un seul tore. La délicatesse de la sculpture de deux des clés de voûte est particulièrement remarquable.

 

 

 

  

  La salle des moines

 

Rappelons qu'elle servait aussi de chauffoir. Elle est couverte de quatre voûtes d'arêtes retombant sur une grosse colonne centrale dont le chapiteau est décoré de feuillages stylisés et possède encore son ancienne cheminée.

 

 

 

  

  Le dortoir

 

À l'étage de l'aile comprenant au rez-de-chaussée la salle capitulaire et la salle des moines, se trouve le dortoir. Dès la fin du XIIe siècle, disposition exceptionnelle pour l'époque, il possédait une cheminée. C'est une vaste pièce voûtée en berceau brisé soutenu par des doubleaux reposant sur de simples culots.

 

Il était desservi par deux escaliers, l'un partant du transept de l'église, l'autre couvert d'un berceau rampant et montant directement au cloître. Cet escalier, qui se termine par une volée double, dessert seul maintenant le dortoir. À l'est, on voit encore la porte qui communiquait avec la chambre de l'abbé.

 

Un gros oculus à douze lobes, percé dans le pignon ouest, du même type que celui de la façade de l'église, et d'étroites fenêtres en plein cintre, dont l'ébrasement occupe toute l'épaisseur des murs, éclairent l'ensemble.

 

Plus à l'ouest et communiquant avec le dortoir par une sorte d'antichambre, les latrines sont situées au-dessus du cours d'eau, supportées par une grande voûte en berceau.

 

 

 

  

  Le réfectoire

 

Il s'aligne, à l'ouest, à l'aplomb de la Sénancole. Ses murs sont peut-être encore, étant donné leur épaisseur, ceux du XIIe siècle, mais il est probable que la voûte en berceau qui le couvre a été refaite à l'époque classique à la suite de l'incendie causé par les protestants en 1544.

 

 

 

  

  L'aile des convers

 

Incendiée comme le réfectoire au XVIe siècle, l'aile des convers ne fut reconstruite qu'à la fin du XVIIe siècle et servit dès lors aux appartements de l'abbé et au logement des hôtes. Le rez-de-chaussée et l'étage sont scandés de larges fenêtres rectangulaires, et au milieu de la façade est percée une magnifique porte dont le style confirme l'époque.

 

 

 

  

  Les marques lapidaires

 

2731 marques (cloître compris) que l'on a coutume d'appeler "marques de tacherons" y ont été relevées*.

 

  Pour quelle raison le tailleur de pierre a-t-il inscrit de manière durable,
      parfois très esthétique, un signe sur un moellon?

 

  Qui se cache derrière une marque que certains qualifient "d'identitaire":
      est-ce un individu ou une équipe?

 

  Peut-on suivre à la trace ces opérateurs itinérants grâce à leur marque?

 

  Comment expliquer l'absence, la rareté ou au contraire l'abondance des
      signatures d'un édifice à l'autre?

 

  Y a-t-il eu une règle ou une convention pour la composition des signes,
      comme certains l'ont proposé?

 

Dans le supplément au Bulletin archéologique de Provence, 6 2012, "Les marques lapidaires des églises romanes du Vaucluse et de quelques édifices limitrophes", Jacques Mouraret avec la collaboration de Joseph Degout et Gilles Gurbiel, rassemblent un corpus de 17.000 marques*, envisagé sous l'angle de la chronologie comme sous celui de la répartition spatiale sur chaque édifice, qui permet aux auteurs d'évoquer la multiplicité des explications possibles, d'avancer des propositions plausibles en les appuyant sur des arguments statistiques, confirmant ainsi plusieurs avancées de leurs prédécesseurs (cf. chap. Des livres pour aller plus loin).

 

 

 

  

  Conclusion

 

L'étude de l'abbaye de Sénanque corrobore bien les conclusions formulées par Marcel Aubert* dans son ouvrage de synthèse sur l'Architecture cistercienne en France. Dès le premier abord on remarque à Sénanque la marque donnée par l'Ordre à la construction: simplicité et logique.

 

Mais se font jour aussi des caractères qui correspondent à des habitudes locales; nous rappellerons les principales: beauté de l'appareil, finesse et précision des joints si remarquables en Provence, fenêtres percées sous les reins de la voûte en berceau, couverture en pierres plates reposant directement sur les voûtes de l'église et, dans le cloître et le clocher, astragale des colonnes se rattachant au fût et non à la corbeille du chapiteau, réminiscence lointaine de l'influence antique.

 

* Macel Aubert. L'architecture cistercienne en France, avec la collaboration de la marquise De Maillé. Paris, les éditions d'art et d'histoire, 1943. In-4°, 2 vol., 386 pages, 290 figures; 271 pages, 559 figures.

 

 ► Patrimages DRAC PACA de l'abbaye Notre-Dame de Sénanque - ici -

 

 

 

  

  Visites

 

  Visites non guidées pour des individuels

 

Possibilité de visite non guidée, pour des individuels uniquement, en fonction de l'affluence: effectif limité, même tarif, silence exigé. Pas de réservation possible.

 

   Horaires :

        février au 11 novembre : 9h45/11h00;

             sauf : dimanche, Vendredi Saint, jeudi de l'Ascension,
               15 août et Toussaint.

        12 novembre au 31 janvier : 14h30/17h00;

             sauf : 16 novembre, 25 décembre et du 7 au 20 janvier inclus.

 

   Tarifs (2013 :

        adulte : 7 € / étudiant -25 ans : 5 € / 6-18 ans : 3 € ;

        famille : deux parents + enfants -19 ans : 20 €.

 

 

 

  Visites guidées pour les individuels

 

La communauté des moines offre la possibilité de suivre un parcours monastique commenté au fil des bâtiments du XIIe siècle: l’église abbatiale, le cloître, la salle capitulaire, le chauffoir ainsi que l’ancien dortoir.

 

Parcours commenté en français, durée une heure. Effectif limité à 50 personnes. Il n’est pas possible de rejoindre une visite déjà commencée ou de sortir avant la fin.

   

   Tarifs (2013 :

        adulte : 7 € / étudiant -25 ans : 5 € / 6-18 ans : 3 € ;

        famille : deux parents + enfants -19 ans : 20 €.

 

 ► Réservation de billets à l'usage des particuliers - ici -

 

 

 

  

  Propositions de lectures

 

  

  L'Abbaye de Sénanque

  Berliet et l'invention du mécénat industriel

 

Née en 1148, cédée pendant la révolution, rétablie en 1854, Sénanque est vendue à nouveau en 1905, puis réoccupée par une communauté religieuse de 1926 à 1969. C'est alors qu'elle est restaurée par la Société des Automobiles Marius Berliet qui en fait un centre culturel. Cette intervention désintéressée est fondatrice du mécénat industriel en France. Le retour des moines s'est effectué en 1988.

 

Quatrième de couverture - Janvier 1969. Il pleut dans l'église de Sénanque, rongée par l'humidité. Les moines se résignent à abandonner le vaisseau de pierre en perdition. Janvier 2004. Les frères ont regagné le giron sublime du monastère, plébiscité chaque année par plus de deux cent mille visiteurs. Pourquoi une telle métamorphose en trente-cinq ans?

 

Ces années-là ont, en fait, sauvé douze siècles et demi d'histoire. Née au Moyen Âge, cédée pendant la Révolution, rétablie en 1854, Sénanque est vendue à nouveau en 1905, puis réoccupée par une communauté religieuse de 1926 à 1969. C'est alors qu'elle est restaurée par la société des Automobiles Marius Berliet qui en fait un centre culturel.

 

Sans cette intervention désintéressée d'une entreprise, fondatrice du mécénat industriel en France, l'abbaye aurait disparu. Pluricentenaire, reprise par les moines de Lérins en 1988, elle est désormais dotée d'un site Internet (www.senanque.fr).

 

Jean-Yves Andrieux, historien, est professeur à l'université de Rennes 2 et expert auprès de la direction de l'Architecture et du Patrimoine (ministère de la Culture et de la Communication).

L'abbaye de Sénanque : Berliet et l'invention du mécénat industriel - Jean-Yves Andrieux

 

L'Abbaye de Sénanque : Berliet et l'invention du mécénat industriel

Auteur : Jean-Yves Andrieux

Éditeur : Belin

Collection : Histoire & Société

Édition : Français

Date de parution : juin 2005

ISBN-13 : 978-2701130279

Format : 15,5 cm x 24 cm, 168 pages, broché

Prix : 23 €

 

 

 

  

  L'abbaye de Sénanque - Une architecture de sérénité

 

Rien de tel que le dessin pour déployer l'espace architectural de l'abbaye de Sénanque, rendre compte de la complexité de ses volumes, de ses perspectives et de sa concision.

 

Gérard Guillier rend hommage aux bâtisseurs cisterciens dont l'architecture répond à un idéal de pureté en harmonie parfaite avec un ascétisme rigoureux. L'édifice enfin rendu dans son intégrité fait preuve d'une authenticité spatiale qui ravit les yeux et l'esprit, revisitant ainsi la beauté radieuse de l'abbaye.

 

N'est-il pas meilleure fidélité à saint Bernard, fondateur de l'Ordre, que de rendre à la forme sa plénitude, lui qui déclarait: "Parce que nous sommes charnels, il faut que notre désir et notre amour passent par le concret"?

 

Gérard Guillier, né en 1925 est architecte et urbaniste. Au cours de son activité professionnelle, il s'est intéressé à la recherche architecturale d'aujourd'hui. Il a participé à de nombreux concours nationaux et internationaux, lauréat à plusieurs reprises, son attirance pour la création contemporaine s'est affirmée.

 

Persuadé de l'importance de l'environnement architectural dans la vie des hommes, il a mené depuis des années des actions pour réhabiliter celui-ci: enseignement, animation d'ateliers de maquettes, organisation de cours, de stages et d'expositions de dessins et aquarelles sur les monuments, publications de livres et d'articles.

 

Conférencier pour la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, il a conduit depuis 1950 des milliers de visiteurs dans des monuments prestigieux de France, d'Italie, de Grèce...

L'abbaye de Sénanque - Gérard Guiller - Equinox

 

L'abbaye de Sénanque - Une architecture de sérénité

Auteur : Gérard Guillier

Éditeur : Equinoxe

Collection : L'imagier

Édition : Français

Date de parution : août 2002

ISBN : 2.84135.199.8

Format : 22 cm x 22 cm, 107 pages, broché

Prix : 22.5 €

 

 

 

  

  Les marques lapidaires des églises romanes

  du Vaucluse et de quelques édifices limitrophes

 

 ► Liste des édifices religieux romans visités - ici -

 

 

Ce supplément au Bulletin archéologique de Provence, 6, 2012 a été publié avec le concours de l'Association pour la Promotion de la Recherche Archéologique en Vaucluse.

 

 

Avant-propos

 

Ce que l'on a coutume d'appeler "marques de tâcherons" (nous verrons plus loin que, pour notre part, nous préférons rejeter cette appellation) est un sujet de curiosité pour les érudits depuis le XIXe siècle au moins.

 

Il est vrai que certains édifices en portent des exemples spectaculaires, particulièrement nombreux, et qu'elles ne peuvent échapper à l'œil de l'observateur le moins averti.

 

Malgré l'intérêt que ces marques ont suscité et les nombreuses études qui leur ont été consacrées, elles soulèvent aujourd'hui encore, en raison de l'indigence des sources documentaires anciennes, beaucoup de questions.

 

Précisons d'emblée que dans les considérations qui vont suivre nous n'aborderons qu'accessoirement un type de signes gravés dans la pierre qui se reconnaissent très facilement, à savoir les marques de montage ou d'assise qui sont des repères utilitaires destinés aux maçons chargés de placer les moellons dans l'œuvre.

 

La typologie des premières se réduit à des tracés très simples (un ou plusieurs traits, flèche...) généralement gravés sur les bords des pierres équarries; les secondes répondent le plus souvent à une progression numérique qui se lit encore de nos jours sur les murs.

 

Les deux catégories sont en fait très rares dans l'aire que nous avons prospectée (voir p. 43) car on peut raisonnablement penser que ces marques, d'usage très courant sur les chantiers, étaient plus volontiers exécutées à l'aide de moyens périssables (craie ou charbon) étant donné leur utilité de très courte durée.

 

De la même façon, nous laisserons de côté les graffitis en tous genres que nous n'avons pas manqué de rencontrer au cours de notre recherche (fig. 1). Nombreux et variés, beaucoup sont négligés, d'autres pittoresques, d'autres encore particulièrement soignés.

 

Gordes, abbaye de Sénanque, exemple de graffito emblématique (dessin J. Mouraret)

Fig. 1 - Gordes, abbaye de Sénanque (Vaucluse).

Un exemple de graffito emblématique dans le chœur (dessin J. Mauraret).

 

 

Pour en revenir aux signes lapidaires des tailleurs de pierre, des progrès ont été enregistrés, par exemple dans l'exploitation qui peut en être faite pour reconstituer l'historique d'un chantier, mais on se perd toujours en conjectures pour répondre à de nombreuses questions que l'on est endroit de se poser.

 

Observons tout de suite à ce propos que partout, y compris en Europe centrale, on peut constater que des marques alphabétiques qui se sont imposées au XIIe siècle on passe, pour des raisons qui nous échappent en grande partie, à des signes plus petits, assemblages plus ou moins complexes de lignes géométriques (ésotériques pensent certains), qui constituent un vocabulaire dont la finalité est incontestablement différente mais néanmoins en grande partie obscure.

 

Nous nous sommes livrés, en équipe, à un travail systématique portant sur tous les édifices romans, ou réputés tels, du département de Vaucluse et de ses marges.

 

Cette enquête minutieuse sur les lieux, reproduisant à l'identique les signes visibles tout en résistant à la tentation, parfois grande, de "restituer" des tracés que suggère l'imagination, nous a permis de constituer une collection de fiches sur lesquelles sont inscrites la position, l'assise, l'état de conservation des signes lapidaires.

 

Ce sont les édifices d'époque romane qui ont attiré notre attention de manière privilégiée car, il est vrai, ils portent les glyphes qui sont incontestablement les plus remarquables par le soin apporté à leur gravure, souvent aussi par leurs plus grandes dimensions, ce qui ne peut que stimuler l'attention.

 

Pourquoi tout ce travail? Dans notre recherche, nous nous inscrivons dans la démarche posée par les fondateurs du Centre international de recherches glyptographiques: c'est sans doute l'accumulation patiente et besogneuse de la documentation sur ce genre de vestiges qui permettra peut-être de trouver enfin les réponses aux questions posées par les marques lapidaires.

 

Le corpus des marques n'ayant jamais été fait pour le Vaucluse, c'est cette lacune que nous avons eu l'ambition de combler, de façon aussi détaillée que possible, dans les limites de cette aire géographique (en débordant un peu, parfois) qui nous paraissait ni trop large, ni trop étroite, non sans nous appuyer sur les indications données dans certaines publications.

 

À l'issue de ce travail, nous ne pouvons proposer que des hypothèses qui relèvent du domaine du bon sens et de la conviction intime mais, à notre grand regret, nous n'avons rien découvert qui puisse servir de preuve objective pour confirmer telle ou telle hypothèse.

 

Nous avons été fortement aidés par un "sauf-conduit" que nous étions en mesure de présenter lors de nos visites, accordé par le directeur du Service d'archéologie du Conseil général de Vaucluse, Dominique Carru.

 

Ce précieux viatique rassurait nos interlocuteurs, toujours préoccupés par la sauvegarde du bien dont ils avaient la charge, sinon la pleine propriété (les "repérages" avant cambriolage sont malheureusement trop connus !).

 

À part quelques rares exceptions (le propriétaire du prieuré Saint-Donat à Mazan ou celle du prieuré Notre-Dame de Beauvoir à Ansouis méritent à cet égard que l'on souligne leur comportement très agressif), nous avons reçu un accueil favorable, souvent intéressé, parfois même chaleureux, tant de la part des propriétaires privés que des municipalités ou des curés affectataires.

 

Malgré tout, pour des raisons évidentes de sécurité et de responsabilité juridique, nous n'avons pas toujours eu - il s'en faut de beaucoup - la possibilité de faire des relevés dans les parties exposées des édifices, comme les toitures ou les clochers.

 Les marques lapidaires des églises romanes du Vaucluse et de quelques édifices limitrophes - Supplément au Bulletin archéologique de Provence, 6, 2012

Les marques lapidaires des églises romanes du Vaucluse

et de quelques édifices limitrophes

Auteurs : Jacques Mouraret
              avec la collaboration de Joseph Degout et Gilles Gurbiel

Éditeur : APA

Directeur de publication : Gaëtan Congès

Date de parution : novembre 2012

ISBN : 2-9519704-5-5

Format : 21 cm x 29,6 cm, 116 pages, broché

Prix : 15 € (2013)

 

Vente et renseignements :

 

Jacques Mouraret

L'Harmas

Chemin des Vignes Blanches

84510 Caumont-sur-Durance

 

 

 

  

  Autres documents

 

  Les moines bâtisseurs - Anselme Dimier - Fayard.

  Atlas cistercien - Frédéric Van der Meer - Séquoia.

  La collection Zodiaque, en particulier, l'Art cistercien, l'Esprit de Cîteaux,
     Saint Bernard, l'Art cistercien - Georges Duby - A.M.G.

  Le temps des cathédrales - Georges Duby - Gallimard.

  La plus grande aventure du monde - François Cali - Arthaud.

  L'abécédaire des cisterciens - Flammarion.

  Formes et forces, l'art et l'âme - René Huyghe - Flammarion.

  La poétique de l'espace - Gaston Bachelard - Quadrige P.U.F.

  Apprendre à voir l'architecture - Bruno Zevi - Les éditions de minuit.

  Eupalinos ou l'architecte - Paul Valéry - N.R.F.

  La dimension cachée - Edward T. Hall - Le Point ( Seuil).

  Les bâtisseurs de cathédrales - Jean Gimpel - Le temps qui court (Seuil).

  Techniques de l'architecture ancienne - YM. Froidevaux - Pierre Mardaga
     éditeur.

  Études d'esthétique médiévale - Edgard de Bruyne - Albin Michel.

  Analyse théologique de la Règle de saint Benoît - M. D. Philippe O.P. - La
     Colombe.

  Le Moyen Âge roman - Henri Focillon - Le livre de poche.

  Les Pères de l'Église - Patrick Chauvet - Mame.

 

 

 

  

  Valorisation du patrimoine

PATRIMOINES(S) - Lettre d'Information de la région PACA  

 ► Lettre d'information de la DRAC PACA - ici -

 

 

 

In Situ - Revue des patrimoines

 

In Situ. Revue des patrimoines offre à l'ensemble des professionnels du patrimoine un organe de diffusion des résultats de leurs travaux portant sur la connaissance, la conservation et la valorisation du patrimoine. Elle favorise les échanges entre les différents acteurs et les différentes disciplines de la recherche appliquée au patrimoine et met à disposition du public les nouvelles connaissances sur le patrimoine.

 

 ► Site In Situ - ici -

 

 

 

APARE - Association pour la Participation et l'Action Rgionale

 

L'APARE est une organisation européenne de jeunesse et d'éducation populaire agréée par le ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, le ministère de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durable et reconnue par la Commission européenne. Implantée en région Provence-Alpes-Côte d'Azur depuis 1979, elle a une vocation régionale, européenne et méditerranéenne.

 

APARE

Association pour la Participation et l'Action Régionale

Jean-Michel André

25, bd Paul Pons – 84800 L'Isle-sur-la-Sorgue

Tél. : 04 90 85 51 15

Courriel : apare@apare-gec.org

 

 ► Site Web - ici -

 

 

 

Kabellion Histoire & patrimoine de Cavaillon

 

Kabellion, depuis 2008, est la nouvelle appellation de l’association "Les Amis de la Cathédrale et du Vieux-Cavaillon". Celle-ci fut créée en 1986 par des notables cavaillonnais (P. Montagnier, F. Mitifiot, R. Chatillon), des érudits locaux (G. Gauthier, G. Jau) et des personnalités qualifiées (Conservateur des Antiquités et Objets d'Art de Vaucluse, Conservateur des Musées de Cavaillon).

 

Elle reprenait le flambeau de la société "Les Amis du Vieux Cavaillon", lancée en 1941 par André Dumoulin, mais qui avait cessé ses activités.

 

 ► Association Kabellion Histoire & patrimoine de Cavaillon - ici -

 

 

 

Association Memòri - L'Isle-sur-la-Sorgue - Vaucluse

 

Memòri, association créée en 2002, a pour but de promouvoir la transmission du patrimoine sous toutes ses formes, de réanimer les lieux chargés d’histoire, de traiter aussi des sujets à caractère national ou international. Association apolitique et laïque, elle propose des conférences, mais se veut aussi un lieu de rencontre et d’échange sur des bases culturelles et organise des sorties, des voyages et des expositions.

 

Enfin, elle participe aux différentes manifestations locales et nationales et entretien des relations amicales avec les associations ayant la même vocation culturelle.

 

 ► Site de l'association - ici -

 

 

 

Association "Pierre sèche en Vaucluse"

 

Pierre Sèche en Vaucluse, association créée en 1983 autour de l'intérêt pour ces témoins d'économies agricoles et pastorales anciennes, dont la disparition progressive, due à l'abandon de ces territoires, s'est accélérée ces dernières décennies par des déprédations de toutes sortes.

 

Elle réalise ses projets en articulant le travail de connaissance sur le terrain et dans l'histoire, menés au long de l'année avec ses adhérents, et le travail de restauration, effectué principalement l'été, par des chantiers de jeunes bénévoles.

 

 ► Site de l'association - ici -

 

 

- - - oOo - - -

 

 

  Retour à la Table des matières de la page Tourisme - balades - ici -

 

 

Tourisme en Vaucluse Provence - ADDRT 84 Vaucluse en Provence - ADDRT 84

 

 

1274  -  1791

Armoiries du Comtat Venaissin - 1274 à 1791  

 

 

 

Saint-Hilaire
Sceau de Saint-Hilaire